Retour en Amérique
Calmes petites villes
Petites villes d'Amérique... Je voudrais en dire le charme. On parle toujours de New-York et de Chicago. La connaît-on, cette petite ville, avec ses maisons, non pas massées, mais dispersées autour des trois ou quatre églises (il en faut bien une pour chacune des principales confessions) ? Je la vois, avec ses deux ou trois avenues bordées d'arbres, les habitations disparates et coquettes, et devant chaque porte le cylindre métallique où tous les matins on glisse le journal. Peu de passants. Ici sèche une lessive. Le camion du laitier brinqueballe ses pots sur le chemin inégal. Dans les deux ou trois « Drug stores », on vend des glaces savoureuses. Mme Smith vient d'en acheter deux livres pour le dîner – car ici on n'a pas de frigidaire. Elle rencontre Mme Brown. De quoi parlent-elles ces dames ? Je n'ai pas besoin d'être sorcier : elles parlent du sacristain épiscopalien qui scandalise, à boire, toute la paroisse, ou peut-être du prix de plus en plus élevé qu'exigent les femmes de ménage.
Ici, la vie est calme et tranquille, et lente. Le docteur revient d'un accouchement. Le notaire ouvre la fenêtre de son étude...
Calme petite ville, garçons et filles se tiennent sagement par la main. On ne divorce pas. On a peu d'argent et on ne se soucie pas des gangsters. Certes, parfois s'agite la petite ville, quand on dispute avec la bourgade voisine une coupe de base-ball. Mais demain le calme laborieux reprend. Le laitier passe, suivi du distributeur de journaux. Le train de 7 heures 30 agite sa cloche au long de la grande rue, qui, bien entendu, s'appelle Main Street, et pas autrement. Le fruitier étage à sa devanture des pyramides d'agrumes. Mme Smith rencontre Mme Brown. L'école ouvre sa porte et des enfants courent dans la rue.
Ici, on est républicain et isolationniste. Et comment ne serait-on pas isolationniste ? On est si loin de toutes ces choses compliquées, les frontières, le pétrole, les détroits... Mais la politique ne trouble aucun esprit. Quand viendra l'élection présidentielle, pendant quinze jours les huit cents démocrates discuteront ferme avec les trois mille républicains. Après l'élection, on oubliera ces querelles, et chacun donnera sa chance au président. Pour quatre ans, on délaissera la politique.
Calmes petites villes dont on ne parle jamais... la véritable Amérique.