Retour en Amérique

Jeunesse

J'aime ces campagnes virginiennes avec leurs vallonnements et leurs arbres si beaux. J'aime leurs maisons blanches à volets verts. Des haies, des chemins sinueux donnent au paysage une allure presque française.

La maison de mes amis est en pierre. C'est une anomalie. Elle en est célèbre dans la région. Sur la pelouse traîne la tondeuse à gazon, instrument de torture pour la jeunesse américaine. « Jim, il faut tondre la pelouse ». On entend souvent cette phrase ici. Tondre la pelouse, la seule sujétion de cette jeunesse si libre !

L'Amérique est le pays de la jeunesse. Les adolescents, les enfants presque, y sont mêlés à la vie plus tôt qu'ailleurs. Le mécanisme social est si simple qu'il est d'emblée à leur portée. Sans doute est-ce pourquoi les enfants américains donnent une telle impression de maturité. Ils peuvent très tôt assumer des responsabilités d'hommes. Cette maturité est moins leur fait qu'elle ne découle de la jeunesse même du pays. Ils en ont l'âge.

Aussi, plus tôt qu'en Europe, les enfants imitent les adultes. À dix ans, ils ont un petit job ; à dix ans, ils se promènent avec leur « girl friend ». Dans la maison de pierre, j'entends une conversation téléphonique. Gérald, le fils de mes hôtes – il  a justement dix ans – parle avec sa petite amie : « Alors, tu pars pour trois semaines ? Surtout, tu n'iras pas avec d'autres garçons pendant ce temps-là... C'est bien vrai... tu le promets... Oh ! si tu me le paries un dollar, je te crois... Je suis tranquille. » Le pari, ici, se mêle même aux choses de l'amour, à ce que j'entends.

Jeunesse de l'Amérique. Un paradis de la jeunesse.