Retour en Amérique
Racisme
Dimanche matin. On sort de l'office. Ces messieurs et dames « coloured » ont revêtus leurs beaux habits. Monsieur porte un complet à manches à gigot, rose tendre. Madame est vêtue de vert pomme. Et monsieur, la canne à la main, fume un gros cigare.
Je plains le nègre américain. D'abord, il est laid. On en voit de toutes sortes, de grands, de gros, de petits : ils sont toujours laids. Nous n'avons pas ici le noir élancé des Antilles, beau comme une plante. Un brassage de toutes les peuplades d'Afrique, l'inadaptation au climat, des conditions de vie misérable ont fait du nègre américain l'homme le plus laid du monde.
Est-ce la clef de l'énigme, le secret de la réprobation qui l'entoure ? Que de légendes courent ici sur lui ! On vous le peindra en traits affreux. Pourtant, il est bon, il est serviable, il est doux. Qu'on lui témoigne un peu d'égards, il vous aura une reconnaissance d'enfant. Mais nous touchons à la plaie la plus connue et sans doute la plus vile des États-Unis. Après tant d'autres, je ne dénoncerai pas l'existence misérable du noir américain, ni les brimades qu'il endure. Je citerai seulement un fait. Une grève générale éclata voici deux ans à Philadelphie. Ni l'intervention des chefs syndicaux, ni l'autorité du président Roosevelt ne parvinrent à la briser. Vous en connaissez le motif. Deux nègres avaient été admis à se présenter au concours pour être conducteur de tramway.
Je vous toucherai un mot de la vie sexuelle aux États-Unis et de son mystère. Je me rappelle ce que me dit une jeune femme sur le bateau qui me ramenait en France : « La réprobation des nègres est un refoulement. Elle a sa racine dans l'attrait terrible que la blanche éprouve secrètement pour le noir ». Je n'en sais rien. Je vous livre cette explication à défaut d'une autre.
Curieux, d'ailleurs, comme en ce mélange de toutes les races, - les États-Unis -, s'est ancré profond le préjugé racial. Nulle part, l'antisémitisme n'est aussi virulent qu'ici. On refoule le juif sur le grand ghetto de New-York. On le confine dans le commerce, exactement comme, chez nous, au moyen âge. Peu à peu, les carrières se ferment à lui, et d'abord la Banque, ce qui est significatif. Il existe un quota secret dans les universités. On n'y accepte pas plus de dix pour cent de juifs, à ce qu'on m'a dit. Et les hôtels « restricted », et les plages « restricted » ? On interdit aux juifs d'y paraître.
Si vous questionnez un Américain sur ces mesures, il les niera. Si vous questionnez un israélite il vous dira : « Cela nous est égal, c'est d'ordre purement mondain. » En sont-ils bien sûrs ? Si vous vous intéressez à la politique, je vous conseille de suivre cette question. Son importance sera grande dans la prochaine conjoncture.