Retour en Amérique

Ce continent est sans parfums...

Ce continent est sans parfums. Sans doute éprouvai-je de cette absence d'odeurs mon plus grand étonnement aux États-Unis. Ces fleurs qui, en Californie, déferlent des jardins sur les maisons, ces campagnes – l'étendue pathétique du Far West, la Floride basse sur les eaux comme les îles du Pacifique dans les romans de  Loti, - ne sentent rien. La moindre effluve, dans sa rareté, provoque une émotion : je me rappelle, après une pluie d'été, à Washington, enivrante, la senteur de la terre humide. Mais si rare cette effluve... Ici, on ne souffre même pas d'une odeur mauvaise. Il n'en est pas.

Je pense à notre vieille Europe. On pourrait écrire une géographie de ses parfums. Les pentes de Grasse, un soir, embaumaient le narcisse. Les routes sentent le silex et la ronce. Plus intime encore, une odeur de lait dans un sous-sol, et toute mon enfance ressuscite. Chacun de mes âges est marqué de la découverte d'une odeur (oh ! à quinze ans, ce  lilas double sous ma fenêtre au printemps. J'en délirais ! ). En Amérique, l'air, lourd ou léger, est sans saveur, et même la mer n'a pas cette odeur d'embrun et de sel qu'elle a chez nous, stimulante jusqu'à l'ivresse.