Le monde musulman deviendra-t-il communiste ?

Islam et christianisme : proximité doctrinale

En pareil domaine la pure doctrine a moins d'importance que certains comportements. Nul ne niera la millénaire opposition entre l'Islam et le Christianisme. Un abime les sépare que nul ne franchit jamais, ou presque. Les conversions de l'un à l'autre sont exceptionnelles. On en cite de part et d'autre que peu de cas. Sans doute la rareté des conversions individuelles est-elle aux yeux d'un chrétien la conséquence d'un mystère. Comme son frère Israël, Ismaël est promis à un retour. La double bénédiction de son père Abraham le lui réserve. Mais Dieu agit par voies humaines. L'abîme qui sépare Christianisme et Islam malgré leur proximité, que dis-je, leur fraternité, doctrinale est un abîme de mœurs et de traditions.

Elle est ostensible pourtant, la fraternité doctrinale de deux religions abrahamiques. Dans une interview célèbre, le Sultan du Maroc, voici quelques années, l'a rappelé (non sans contresens théologique). Le Coran reconnaît la messianité de Jésus, son Ascension. On peut tirer d'une sourate, « la table servie », une sorte d'application à l'Eucharistie. Certes, Mahomet est anti-trinitaire, mais il l'est par ignorance : parce qu'il n'imagine pas une génération qui ne soit pas charnelle ou parce que certaines sectes chrétiennes qu'il a rencontré fabriquaient de bizarres trinités en y incluant Notre-Dame. Comme le Christianisme, l'Islam est hostile aux idoles, Mahomet a salué le nom chrétien. Il admet notre béatitude finale38. Il cite en modèle les martyrs chrétiens. Il vénère Marie et la déclare toujours vierge. L'esprit du Coran est un esprit d'amour, et nous pouvons faire nôtre certaines sourates : « Nous, (Dieu), sommes plus proches de l'homme que son artère vitale » ; « Nous sommes plus près de votre âme que nous ne l'êtes vous-mêmes »39. Les réactions de Mahomet contre un christianisme qu'il n'a jamais vraiment rencontré proviennent du scandale des schismes et des hérésies. Ils pullulaient en Arabie : Docètes qui nient la nature humaine de Jésus et Ariens qui nient sa divinité ; Eutichéens ; Jacobites ; Monophysites qui nient sa double nature ; sans compter quelques Satelliens ou Nestoriens qui lui attribuent deux personnes distinctes ; Marianites et Collydiriens qui adorent Marie et Anticidomarianites qui nient sa virginité ; j'en passe... Judéochrétiens, Nazaréens, Ebionites, Marcionites, Gnostiques, Valentiniens, Basilidiens, Carpocratiens, Racusiens... J'en ai sûrement oublié. Mahomet avait excuse à s'y perdre. Jamais peut-être la responsabilité des Chrétiens dans la faute d'autrui ne fut si éclatante. Quand même, sur le plan de la doctrine, on peut conclure avec M. Dervenghen40 dans la Vie de Mahomet, que l'Islam n'est pas plus éloigné du Catholicisme que le Protestantisme libéral.


38 Du moins certains auteurs le prétendent-ils, mais ce point est fort contesté et contestable.

39 N'est-ce pas très près du « Quelqu'un qui soit en moi plus moi-même que moi ».

40 Après lui avoir emprunté la précédente énumération.